lundi 30 août 2010

L’ascenseur

15 heures, samedi. Elle est postée en tour de Pise contre le mur à l’entrée de l’immeuble. Elle s’est jetée un ptit rouge au Corso, puis un ptit blanc au Soléa avant de finir au pastis dans l’un des rades de la rue Rochechouart.
Elle doit confondre le code d’entrée avec celui de sa carte bleue car elle tapote sur le clavier sans trop y croire. Son visage est pale, chiffonné, son regard hébété. Depuis plusieurs mois, les voisins soupirent quand ils la voient dans cet état. Moi aussi parfois.
B8361, la porte s’ouvre, elle semble soulagée. Je la prends doucement par le bras jusqu’à l’ascenseur, légère comme une plume.
Déjà, en temps normal, je ne sais pas quoi dire dans la cabine étroite de l’ascenseur. Alors, seule avec elle qui pue l’alcool...
« Quel étage ? »,
Elle hésite, me regarde, balbutie :
« Quatrième droite ».
Merde, Juste en dessous de chez moi. Je ne savais pas.
« Vous devriez prendre soin de vous… ».
« J’ai un cancer du poumon. »
On est au troisième, il faudrait ralentir ce foutu ascenseur le temps que je trouve une phrase. J’ai peur de souligner la fragilité de ses os en posant la main sur son épaule.
« J’habite juste au dessus, si un jour, vous avez besoin, n’hésitez pas… »
Elle tente un sourire. La porte automatique de l’ascenseur s’ouvre et puis se ferme.
Elle ne viendra pas.

1 commentaire:

  1. Un moment, une rencontre. On se sent concerné, on ne sait pas quoi faire. Rester les yeux et le coeur ouvert, la main tendue, c'est être là.

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