Budapest, les thermes de Szechenyi. Hiver 2014.
Des fumerolles blanches s’élèvent au-dessus de l’eau turquoise des bassins. La température extérieure avoisine les – 5 degrés. En maillot de bain, à l’intérieur du bâtiment néo-renaissance des thermes, tu hésites. Un pas dehors. Le sol est glacé. Tu t’élances. Attention, ne pas courir, ne pas glisser. Ta peau frissonne au moindre souffle d’air. Dix mètres, cinq mères, trois mètres. L’eau du premier bassin est à 38 degrés. Tes muscles bandés comme un arc se détendent au contact de cette chaleur aqueuse. A travers l’écharpe de brume qui flotte sur le bassin, tu tentes de repérer sa silhouette. En vain. La vapeur d’eau, ta myopie, les échanges en hongrois entre les baigneurs, tout contribue à rendre cet environnement angoissant. Jusqu’au moment où enfin, tu l’aperçois. Son grand corps blanc, son air perdu, en quête… Une vague de tendresse envahit tout ton être comme une liqueur forte.
Les Alpes, vallée du Vénéon. Eté
1977.
Le lac scintille sous le soleil du mois d’août. Le Lac de Lauvitel à 1350 mètres d’altitude. Oncle Jacques a pris le pari de le traverser à la nage. Quelques marcheurs se sont arrêtés pour assister à son exploit. Assis sur les rochers, ils forment un public, silencieux. J’ai terminé mon sandwich au saucisson et je guette le visage crispé de l’oncle André puis celui de Tante Annie qui l’est tout autant. On entend les coassements de gros choucas noir et parfois le sifflement d’une marmotte. Malgré mon pull en laine rouge, j’ai froid. J’essaie de ne pas claquer des dents pour ne pas ajouter de la difficulté au défi relevé par mon oncle. Il a mis un peu d’eau sur sa nuque comme ma mère le recommande chaque fois qu’on se baigne pour éviter de subir une électrocution et couler à pic. Maman murmure ses inquiétudes à mon père, qui tente une de ces blagues dont il a le secret mais cette fois, son bon mot ne fait rire personne. Je fixe la bedaine de mon oncle vaguement rassuré par tout ce gras censé le protéger du froid. Oncle Jacques a fait la Dibona, le Mont-Blanc, la Meije et même le Kilimandjaro en Afrique. Petit et gros, tout le monde dit qu’il devient un elfe dès qu’il touche un rocher. Mais là, au bord de l’eau du Lauvitel, l’Oncle Jacques me semble terriblement humain.
Le lac scintille sous le soleil du mois d’août. Le Lac de Lauvitel à 1350 mètres d’altitude. Oncle Jacques a pris le pari de le traverser à la nage. Quelques marcheurs se sont arrêtés pour assister à son exploit. Assis sur les rochers, ils forment un public, silencieux. J’ai terminé mon sandwich au saucisson et je guette le visage crispé de l’oncle André puis celui de Tante Annie qui l’est tout autant. On entend les coassements de gros choucas noir et parfois le sifflement d’une marmotte. Malgré mon pull en laine rouge, j’ai froid. J’essaie de ne pas claquer des dents pour ne pas ajouter de la difficulté au défi relevé par mon oncle. Il a mis un peu d’eau sur sa nuque comme ma mère le recommande chaque fois qu’on se baigne pour éviter de subir une électrocution et couler à pic. Maman murmure ses inquiétudes à mon père, qui tente une de ces blagues dont il a le secret mais cette fois, son bon mot ne fait rire personne. Je fixe la bedaine de mon oncle vaguement rassuré par tout ce gras censé le protéger du froid. Oncle Jacques a fait la Dibona, le Mont-Blanc, la Meije et même le Kilimandjaro en Afrique. Petit et gros, tout le monde dit qu’il devient un elfe dès qu’il touche un rocher. Mais là, au bord de l’eau du Lauvitel, l’Oncle Jacques me semble terriblement humain.
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