samedi 25 février 2012

Fragments de souvenirs

L’odeur écœurante de la crème dépilatoire et le rasoir comme mauvaise alternative, son utilisation régulière entraînant la repousse accélérée et plus dense des poils à éradiquer. C’est écrit dans Djin, mon hebdomadaire de jeune fille.


Le sous-pull col roulé écarlate qui provoque des joutes électriques. Il moule le torse et procure une gêne lorsque l’on commence à avoir un peu de seins sans en avoir suffisamment pour porter un soutien-gorge.

Le pot et le bassin en émail utilisés pour la toilette matinale chez ma grand-mère. Une toilette de chat parce que l’eau tirée de la pompe est très fraîche. On se lave juste les mains, les orteils et le derrière. Et puis on crie à plein poumon : « je suis propre ».

Les galets de charbon que l’on pioche dans le monticule noir de la buanderie pour remplir le ventre de la cuisinière. Il faut doublement mobiliser son courage avant d’affronter les chauves-souris puis le tison incandescent.

La blouse en nylon rose avec ses boutons dans le dos. On se contorsionne et on met Pierre avec Paul.

Le fond du plat à gratin que l’on guigne à la fin du repas, parce que c’est le meilleur. La fourchette se tord sur la croûte dorée convoitée. Avec ma sœur on appelle ça grougnigrougna.

Il faut « trouer », « pique-nique douille c’est toi l’andouille », « le premier qui l’aura », « une souris verte », « Loup y es-tu » et puis « un deux trois soleil » en hurlant le mot soleil.

L’école Pascal transformée en bureau électoral au printemps. Les adultes disparaissent dans un isoloir. On ne voit que leurs chaussures, les bas des jupes et des pantalons. A voté. J’aime le mystère de cette geste démocratique. Un peu comme la messe.

Les groseilles à maquereaux, toute poilues, tellement juteuses qu’il est impossible de ne pas faire de taches.

L’aube blanche, la croix en bois d’olivier, les cartes édifiantes achetées dans un magasin spécialisé. Sur ces cartes tout en longueur qui serviront de marque-page, un coucher de soleil, un étang, des rails de chemin de fer vers l’infini.

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