Elle remonte à pas rapides la rue
des Martyrs. Corps penché en avant, les Stiletto qui claquent sur le pavé. Coup
d’œil dans la vitrine de chez Babou pour vérifier son allure. Cheveu noir
presque luisant comme un casque de déesse grecque, rouge à lèvres épais,
dessinant une bouche charnue, frange impeccable au-dessus de cils alourdis par
le mascara.
Elle est sortie au métro
Saint-Georges, a grimpé les escaliers en colimaçon sur la pointe des pieds afin
de conserver le galbe de ses mollets. Marie aime marcher avant de s’enfermer
jusqu’à la pause de midi – si pause il y a. La jeune femme resserre la ceinture
de son french-coat écarlate avant de pousser la porte du Balto qui fait le coin
avec la rue Lepic.
Son regard balaie l’espace du bar.
Pas d’importun. Elle se hisse sur un tabouret face au comptoir, le dos bien
droit. « Un café noisette et un croissant, s’il vous plait » Avec
sa petite cuillère, dont elle a vérifié auparavant la propreté, elle ote la
mousse amère à la surface du café, boit une gorgée, dépiaute le croissant en
partant de la pointe, l’ébroue pour faire tomber les miettes, boit une autre
gorgée. Le bistrotier respecte le silence qu’elle installe dès qu’elle entre
quelque part. Cette bulle invisible la protège, la sépare aussi. Elle a imprimé sur sa tasse un baiser rouge vif
qu’elle regarde avec satisfaction puis d’un coup sec, ouvre la glissière de son
sac, pioche 3 euros dans son porte-monnaie. Une volte-face, et la voilà à
nouveau trottinant droit devant jusqu’à l’Institut.
Les coiffeurs, déjà à leurs postes,
époussettent les tablettes qui forment la base des glaces en abyme du salon.
Marie lance un bonjour à la volée puis descend au sous-sol. Cette cave en
pierre de taille est son domaine, c’est elle qui a suggéré de ne pas les
peindre. Ôter les Stiletto, plier le chemisier, enfiler le T-shirt noir où la
marque Carita s’étale au niveau de la poitrine. Elle mettra la blouse plus
tard. Précise et rapide, l’esthéticienne installe ses instruments de travail
autour d’elle afin d’éviter les allers-venues. Elle s’épargne toute perte
d’énergie inutile afin de tenir jusqu’au soir. Sa première cliente arrive dans
cinq minutes. Une épilation jambe entière, maillot, aisselle. Faire chauffer la
cire, poser la pince à épiler à portée de main, préparer les serviettes dont
elle a vérifié la blancheur, enfin allumer une bougie comme l’a conseillé la
formatrice au cours de son dernier stage.
Marie redessine sa bouche cerise et
charbonne son regard.
Elle est
prête.
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