Elles circulaient entre Seclin,
Douai et Flers. Un coup de Klaxon annonçait leur arrivée. La camionnette
maculée de boue se garait sur la place du village. La mère ou la fille
faisait coulisser d’un geste sec la porte latérale puis servait les clients, en
file indienne, emmitouflés dans leur veste de laine et dans leur silence.
On venait chercher un litre de lait
encore mousseux, une motte de beurre, une botte de radis, des carottes,
quelques kilos de patates. Les formules de politesse se figeaient dans la
bouche à cause de la froidure. Les deux femmes dans la camionnette, le dos
cassé en deux, s’affairaient. « Chte veut un chtiot peu de
crème ? » « Chte met un kilo d’plus ? »
Parfois, un rai de soleil blanc
traversait toute cette grisaille, faisait fleurir un sourire sur les visages
couperosés suscitant un début de conversation. Mais bien vite, les nuages ardoise
couvraient de leur ombre la place du village. Chacun d’un pas rapide se
pressait pour regagner sa ferme. On entendait chuinter la porte coulissante de
la camionnette, le moteur expectorait. La Citroën redémarrait péniblement et
reprenait cahin-caha la route pavée.
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