On dit qu’à cinq ans, il demanda à sa mère : « Où sera Petit Pierre, le jour de ses six ans ? » Et qu’elle ne sut quoi répondre, car la vie est mystère.
On dit qu’il était bon, beau, intelligent, mais colérique tout de même.
On dit que sa vie fut courte – écourtée par une pneumonie ou par la Guerre de 14 ou par l’absence de médicaments. En tout cas, ils disent qu’il a été rappelé à Dieu, vit désormais au ciel avec les anges. Ce qui est donné est retiré. Qu’ils disent.
On dit qu’il fallut du temps pour que Grand-Mère accepte de faire un autre enfant. Que celui-ci s’appela Ignace et qu’il y eut ensuite Xavier, Michel, Jean, Gérard, Joseph mais que personne ne remplaça Petit Pierre. Que sa photo en noir et blanc figure sur le médaillon porté jour et nuit par Grand-Mère. On dit qu’il repose dans le tombeau familial, aux côtés de Grand-Père. Et chaque année, le jour anniversaire de sa mort, une messe est célébrée pour lui au village.
On dit que Petit Pierre ressemblait à une fille avec ses boucles blondes, ses yeux myosotis, qu’il était fin et délicat. Qu’il savait lire, écrire, chanter, jouer du piano. C’était un enfant accompli. On dit aussi qu’un dimanche, il remplit le bénitier de l’église du village avec de l’encre bleue et que le curé le fessa cul nu sur la place du village. Ce qui le rend moins ange et plus sympathique.
On dit que Grand-Père fut appelé sous les drapeaux au mois de juillet 1914. Qu’il serra son fils dans ses bras puis traça sur son front une croix en signe de bénédiction.
On dit que Grand-Mère était une forte femme, qu’elle fit face avec courage au rationnement et à l’absence. Mais que l’hiver fut rude cette année-là, que l’on manquait de charbon, même dans le Nord de la France.
On dit qu’un matin de février, Petit Pierre toussa fort. De plus en plus fort. Que le médecin du village était à la guerre vu que c’était mon Grand-Père
Après, on ne dit plus grand-chose. On reste silencieux devant le malheur.
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