vendredi 3 décembre 2010

Alcool

Accoudé au comptoir comme une tour de Pise, il commande sa bière quand les costumes-cravattes touillent leurs cafés-crème. Alcool crée le vide autour du zinc parce qu’il sent fort et parle encore plus fort. Il pose sa pinte sur les journaux du matin, ça fait des auréoles alors le patron gueule. C’est pourquoi il faut qu’il boive et boive encore, tout son saoul, tous ses sous.
Viré du Balto, il se réfugie au Corso. Là, il passe au Ricard, attend l’apéro, qui arrive toujours tard. Il aime ça l’apéro. Trinquer avec les anciens copains de chantier. Retour à la normalité. Faut en profiter !
Alcool, n’a jamais faim mais il avale son jambon-beurre comme les autres. Si on mange, on peut boire. Mastiquer occupe le temps, détourne les regards sur les verres de rouge qu’il a cessé de compter. Alcool est triste ou drôle ou lucide. Ça dépend des jours et de son public. Il paie la tournée pour faire durer le bon moment. Mais les gars y retournent, il faut se translater. La rue, le froid. Il marche Alcool et bientôt, il titube, fait peur aux gosses du square, à leur mère, à leur nounou mais pas aux flics.
A l’heure du thé, Alcool s’ennuie, la tête embrumée, les yeux embués. Il dira plus tard aux copains qu’il s’active. En fait, il attend la fin du jour, pour s’arrimer comme une tour de pise au comptoir du Balto ou du Corso, Du Corso ou du Balto. Corso, Balto, Corso, Balto….

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