Mon
premier amour avait des dents de lapin et un nom de famille qui sentait
la campagne : Michaël Guermonprez, au dernier rang de la classe.
J’aimais le tréma sur le « e » de son prénom et son sourire généreux.
Comme j’avais aussi les dents en avant, je me suis dit que ça nous
rapprocherait. Même si moi, j’étais au premier rang.
A
mon premier amour, j’écrivais des lettres avec des feutres en couleur
pour qu’il devine mon humeur. Mais je ne les envoyais pas. Elles
restaient au secret dans mon coffre à écritures.
Avant
de m’endormir, je pensais si fort à mon premier amour, que j’étais sûre
de le retrouver, la nuit, dans mes rêves. Il était aussi dans mes
toutes mes prières avec mon oncle Gérard, paralysé, pour qu’il remarche
un jour, mais c’est une autre histoire…
Quand mon premier amour me visait à la balle au prisonnier, j’étais touchée, j’y voyais le signe indubitable de ses sentiments.
J’imaginais
que mon premier amour serait médecin saute-frontières. Il sentirait
l’étranger et je le suivrai en Afrique. Mon premier amour, je le cachais
à tout le monde. J’utilisais le petit Paul pour tromper les soupçons.
Le problème, avec mon premier amour, c’est qu’il était aussi celui de ma meilleure amie.
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