Avant le café, passer chez le kiosquier. Monsieur Dadevan, baptisé le ptit bonhomme par le quartier pour son allure de bibendum.
Trois notes de jazz, Monsieur Dadevan est mélomane, radio calée sur TSF.
- Je me marie samedi
- Félicitations, Monsieur Dadevan
- Libération, Le Parisien ?
- Comme d’habitude, Monsieur Dadevan
- On régularise pour l’enfant
- C’est bien Monsieur Dadevan
- Vous prenez des cachous ?
- Oui, merci, au-revoir, à demain
Au café, y a déjà la coiffeuse mais pas encore le banquier. On l’attend pour la lecture de l’horoscope. Personne n’y croit. Tout le monde écoute.
La coiffeuse est bélier
Le patron est vierge
Moi, je suis verseau
Chacun paie le café de l’autre.
Ça coûte rien, ça fait plaisir.
L’écran s’allume. J’attends les mails de la nuit. Professionnels et personnels. La boîte à lettre version XXIe. Elle est pleine, j’ai de la veine.
Je clique sur les dépêches. Exaction, violation, excision. L’Asie, l’Afrique, l’Amérique. Les grandes misères du monde et il est même pas 10h.
Trouver la phrase juste pour mettre en images les horreurs banalisées, aseptisées de notre siècle. Essorer les mots, leur faire rendre leur jus, leur sang, leur âme. Traitements dégradants et inhumains, crime contre l’humanité, torture.
Premier coup de téléphone, 11h.
- Allo, Agnès, alors ce procès ?
- Ça s’est bien passé. Le juge m’a donné le choix entre le remboursement de ma robe de mariée ou des dommages et intérêts. T’aurais demandé quoi à ma place ?
Ben oui, le couturier lui a collé un corsage crème sur une jupe blanche. Faute professionnelle. Une tâche irrécupérable pour une cérémonie mémorable. Je choisis au pif, les dommages intérêts. Je raccroche. Les petites misères d’Agnès.
Je pense à Monsieur Dadevan qui se marie samedi avec une dame de couleur comme dit Paulette, la boulangère.
Longtemps que je n'avais pas consulté les "Echos": ils résonnent donc toujours ?
RépondreSupprimerUne belle poèsie sur les nuages, des portraits sentis, une plume alertte, nerveuse, généreuse: on en voudrait d'autres, que cela s'épaississe, que cela coule chaque jour en torrent, des chroniques de chroniques, des tas d'almanachs, des feuilles capables d'envelopper les choux...
Go on Aurélie!
Bises Olivier